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Pour moi, la méditation n’est pas une activité. Dans une vision pragmatique, c’est une technique pour être moins stressé, plus calme, plus zen, etc…

Ce n’est pas comme cela que je le vis du tout. La méditation n’est pas une évasion dans un monde imaginaire ou spirituel.

Être juste posée là, dans l’ouverture, déposée dans qui je suis là maintenant, juste en ce moment, dans une attitude de réceptivité. C’est comme venir à un rendez-vous.

Je le vis comme une mise en présence.

Être présent à la présence de la vie telle qu’elle se donne à moi en ce moment.

Et cela vient interroger « c’est quoi pour moi la présence ? »

C’est permettre à ce qui est là maintenant d’être, de façon très concrète.

Le double mouvement de la méditation traditionnelle est Samatha qui signifie se poser et Vipassana qui signifie voir clairement, ouvrir à une vision profonde.

Dans la façon dont je le vis, il y a ce mouvement qui est se poser c’est à dire arriver dans ma réalité de maintenant de mon corps, de mon histoire, de là où ça fait mal physiquement ou émotionnellement, et ouvrir. Ouvrir, c’est à dire accueillir, puis permettre. Laisser la présence du mouvement de la vie faire avec ce qui est là. M’accueillir telle que je suis en étant sans emprise sur moi-même.

Pour moi c ‘est cela le mouvement de la méditation. Apprivoiser ma réalité. Sans tirer dessus, sans violence, sans voyeurisme. Je vois ce qui se donne de moi en cet instant, et ce que je vois, je l’accueille sans chercher à le manipuler. C’est un mouvement très profond. Et la méditation est le lieu de ce mouvement pour moi. C’est pour cela qu’on dit que la méditation amène la bienveillance. Ce mouvement est un mouvement profondément bienveillant. C’est apprendre petit à petit à apprivoiser la réalité telle qu’elle est réellement. Avec patience, et parfois aussi avec courage.

Il y a dans la méditation un aspect corporel et physique que je tiens à honorer. On explore très finement l’attention au corps et au souffle. Notre corps est alors vécu comme notre demeure. Le temple de notre esprit. Ma façon d’aborder la méditation est d’entrer dans la demeure qu’est mon corps pour vivre l’esprit qui l’anime.

Méditer c’est donc s’asseoir en présence. Vivre la gratuité de cette présence. Qui se donne en échange de rien. A aucun moment il ne s’agira de réussir ceci pour obtenir cela. Permettre qu’il n’y ait rien à réussir. On peut déposer tout de suite cette histoire-là.
C’est finalement très simple et très difficile.

Le mot qui nous convient pour nommer cette qualité de présence est quelque chose de très personnel. Cela peut être le mot Source, Dieu, Soi, ressourcement, Vie, énergie, lumière, Amour, etc…le mot qui nous convient est une question d’intimité.

Au fond, on n’a pas de mot pour exprimer les choses les plus intimes et non ordinaires. Ces forces intérieures qui nous habitent et nous mettent en rapport avec l’invisible en nous-mêmes.

Le danger avec les mots conscience ou pleine conscience, c’est de basculer à nouveau dans le contrôle, le vouloir, plutôt que de recevoir juste ce qui est là.

Nous rentrons très souvent dans un mouvement qui est  » si je travaille pour comprendre – moi-même, la vie, ma vie, le monde-, alors je vais pouvoir accueillir et permettre. Et si j’accueille, je peux accepter, voire aimer, moi-même ou la vie, ma vie, le monde. « 

Or, le mouvement de la présence est un mouvement de bascule qui pourrait s’énoncer ainsi : « si j’aime, si je consonne charnellement *avec, alors il y a quelque chose qui se donne, et qui m’est donné ». Je suis présente, je suis à zéro distance de ce qui se vit en moi, et je me sais distincte de ce qui se vit en moi. C’est parce que je suis présente que quelque chose peut se donner alors et qu’un sens m’apparait.

La méditation pour moi c’est être en relation avec ce qui est là. Cela ne peut être que si je me vis comme distincte de ce qui se vit en moi-même.

Être présent à la présence n’est à aucun moment se replier dans sa bulle intérieure. Si par moment se replier dans sa bulle nous aide, ce n’est pas l’objectif. Le mouvement ce n’est pas de rentrer dans son refuge « là où je peux enfin sentir la vie en grand, où tout est conforme à ce qui ne me dérange pas ou à ce que je désire ».
On va se tenir à la frontière. A la frontière de notre senti, comme de notre peau d’ailleurs. C’est-à-dire être sensible au-dedans et au dehors. Comme si c’était un seul mouvement.

C’est cela le mouvement de la méditation : je reviens dans ma maison intérieure, et j’accueille, j’ouvre au dedans et j’ouvre à plus large, plus vaste, à autre que moi-même. C’est simple. Et cela n’est pas facile.
Juste être là, en accueillant ce qui est. Que ça soit plaisant ou déplaisant.
Il y a une nécessité d’être loyal avec soi-même sur « comment la vie débarque maintenant chez moi ». En débarquant parfois mes projets, mes projections, mes aprioris, mes planifications.
Il y a un courage pour honorer sa vie intérieure telle qu’elle est réellement.
Ça n’a aucun rapport avec être calme ou être zen. C’est juste venir et se rapprocher, se mettre tout près de son souffle et de ce qui est. C’est consentir à ce que les choses se donnent autrement que mon projet.

Dès qu’on grandit en présence, tout peut rayonner et nous baigner dans ce rayonnement. Alors quelque chose de la gratitude nous est donné. Cela demande de combattre un des grands ennemis du siècle : la tyrannie de l’efficacité ! On a tendance, à vouloir en permanence manipuler les choses pour notre projet. Et quelque chose de La réalité disparait !

Ecouter le rayonnement des choses, des personnes, au lieu de chercher à les plier pour qu’elles obéissent à notre projet !

L’horizon de la méditation est silencieux.

« Se faire des yeux pour voir ce qui advient. Un cœur pour y loger la bonté de nos vies ». Marin Stephen

« Consentir au monde c’est résonner charnellement avec le monde ». *Martin Stephen

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